collectif lesbiennes-feministes-ba-ham (CLFBH)

لزبین فمینیست با هم

Reportage d’Ana PAK : « Marre du voile, marre surtout de la condescendance des néo-communautaristes disent-elles »

                  Le 10 juillet 2015, lors de 2ème Journée internationale des femmes sans voile, plusieurs associations ont pris la parole pour dénoncer le voile comme instrument patriarcal islamiste, la soumission et l’assujettissement des femmes et le néo-communautarisme.

Elles s’appellent Nadia, des Nadia. Il n’y en a pas qu’une ou deux… Josiane. Elle font partie du Collectif des Femmes sans voile d’Aubervilliers. Elles ont créé ce collectif pour dire STOP aux amalgames !

Je leur demande pourquoi ce nom ? L’une répond : « Nous revendiquons une vie émancipée et libre. Nous en avions marre d’être agressées parce que nous n’avons pas de voile, parce que nous ne faisons pas ramadan. Car nous sommes perçues comme maghrébines et musulmanes, forcement soumises. »

Karima dit : « Je suis née et j’ai grandi à Aubervilliers, où je suis enseignante, je voudrais vivre et vieillir dans ma ville natale sans violence, sans voile, ni pression des islamistes sur moi ou sur d’autres femmes. »

Ce collectif a été créé en 2013, à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis.

Le 10 juillet à Paris, elles ont appelé les consciences libres à « manifester contre la pression islamiste et pour revendiquer le droit à ne pas porter le voile, symbole patriarcal ». L’année dernière, Charlie Hebdo avait consacré deux pages à leurs mouvements et revendications.

Pourquoi choisir le 10 juillet ? « Nous avons choisi cette date en nous inspirant du mouvement des Marguerites Sans Frontière, des femmes iraniennes et d’autres femmes au Canada qui ont consacré la journée du 10 juillet aux femmes sans voile. »

Dans la chaleur accablante de ce 10 juillet et sous la statue brûlante de la République, devant quelques centaines de personnes, plusieurs femmes des différents collectifs et associations prennent la parole.

Marre de la condescendance des néo-communautaristes

Les porte-parole du Collectif des femmes sans voile apostrophent « Messieurs néo-communautaristes » de droite ou de gauche, sourds aux luttes des femmes. Sans compromis elles disent :

« Messieurs néo-communautaristes, nous en avons marre de votre indifférence, de votre connivence, de votre condescendance !!!

Nous, Françaises de culture musulmane, féministes, sommes contre tous les fanatismes religieux, contre toute forme de discriminations racistes et sexistes.

Nous refusons de disparaître sous le voile, symbole patriarcal des siècles révolus, devenu le porte-drapeau de l’islamisme radical. Pour toutes les femmes, nous revendiquons les mêmes droits à l’égalité qui nous libèrent de l’archaïsme religieux et des coutumes contraignantes. Nous sommes solidaires de nos soeurs en Terres d’Islam qui, elles, n’ont d’autre choix que de s’affubler de burqa ou de niqab. Et nous gardons douloureusement en mémoire les jeunes filles, qui, par leur refus de se voiler, l’ont parfois payé de leur vie.

Au nom de la liberté, vous nous livrez au patriarcat le plus implacable de notre temps. Vous faites abstraction de la dangerosité de l’islam radical et refusez de voir la réalité économique et sociale de sa propagande.

Vous refusez d’entendre ses objectifs proclamés pourtant haut et fort. Votre vision complice favorise le prosélytisme de l’idéologie des extrémistes religieux, que nous et nos enfants endurons quotidiennement dans nos quartiers.

Au nom de la tolérance, vous nous condamnez à être des citoyennes de seconde zone, alors que nous sommes en droit d’être égales dans une France dont les valeurs universelles, faut-il le rappeler, sont combattues par les islamistes.

Vous nous confinez dans un communautarisme réducteur qui a été importé et dans lequel nous ne nous reconnaissons pas. Nous le vivons comme une forme de racisme.

Marre de votre connivence ! Vous offrez complaisamment vos médias aux femmes voilées qui proclament leur « choix ». Vous négligez l’embrigadement dont une majorité est victime, comme vous refusez de voir la complicité active d’une minorité d’entre elles. Pourtant, vous n’ignorez pas que la première action des « djihadistes » qui s’emparent d’un village de par le monde est de voiler les femmes, quelles que soient leurs croyances.

Marre de votre condescendance !

Vous méprisez le combat des femmes de culture musulmane de nombreux pays qui se sont affranchies du voile au nom de la liberté, de l’égalité et de la dignité et, par là même, celui des Françaises d’origine maghrébine qui, pour vous, ne peuvent accéder aux mêmes droits que les autres citoyennes. D’ailleurs vous les appelez les « occidentalisées » pour mieux les marginaliser et disqualifier leur combat.

Vous détournez l’Histoire pour cautionner le voile qui n’est réapparu en nombre croissant qu’avec l’islamisme politique. »

Le communiqué du Collectif des femmes sans voile finit par cette question : « Qui tire profit du retour en force du voile ? »

« La liberté n’est ni occidentale ni orientale, elle est universelle » (Femmes iraniennes, 1979)

Dans son communiqué, la Ligue du droit international des femmes fondée par Simone De Beauvoir a confirmé son soutien aux mouvements des femmes sans voile, en rappelant que dès leur création, elles ont soutenu leur lutte.

Des femmes de plusieurs associations ont dénoncé les aveuglements de certaines gauches misérabilistes et de certaines droites cupides.

Dans son communiqué, l’Association des femmes pour la Mixité, l’Égalité et la Laïcité s’est félicitée que « pour la deuxième année consécutive, le Collectif femmes sans voile d’Aubervilliers ait de nouveau eu le courage de porter sur la place publique la question de l’oppression, de la coercition des islamistes, des communautaristes et des relativistes culturels qui sévissent contre les femmes, en France, en Europe et sur l’ensemble de la planète.

Nous, femmes françaises, maghrébines, africaines, pensons que la question de la liberté de conscience, de la laïcité est un débat social et sociétal qu’il n’est plus possible d’occulter même au sein nos communautés.

Comme pour l’ensemble de la société française, dans nos familles, il y a des croyantEs, des non-croyantEs, des agnostiques, des athées, même si, à la naissance, le hasard, a fait que nous sommes néEs dans une famille musulmane.

Au lieu d’être considérées comme des citoyennes à part entière, nous sommes perçues encore en France, en Europe, comme des citoyennes françaises à part, à cause de ces comportements relevant du relativisme culturel.

Nous sommes déjà victimes du sexisme, du machisme, de discriminations politiques et sociales. Or ce relativisme culturel est une violence politique, sociale et culturelle contre les individus, mais plus particulièrement contre les femmes, avec des conséquences désastreuses.

Ce relativisme culturel justifie que des groupes communautaristes et islamistes nous rappellent toujours à l’ordre, considérant que notre première identité est culturelle. Ce relativisme justifie la poigne de fer des chaperons, le contrôle étroit des femmes et des jeunes filles, voire les assassinats au motif que les contacts et la mixité engendrent des influences malfaisantes sur leur moralité et l’honneur de la communauté.

Ligotées par cette présupposée identité musulmane qui agit comme marqueur identitaire, nous nous voyons imposer par les communautaristes et relativistes culturels un cadre moral et social, un projet de société rétrograde, réactionnaire et obscurantiste avec les mêmes objectifs : négation de l’égalité des sexes ; de l’autonomie des femmes, et attaques des droits acquis par les luttes féministes.

Rappelez-vous des femmes iraniennes, en 1979, qui manifestaient contre le voile en criant : « La liberté n’est ni occidentale ni orientale, elle est universelle ».

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Il nous suffit d’observer les derniers événements dans le Maghreb. Par exemple, campagne « Si t’es un homme, voile ta femme », projet de loi pour le port du voile et atteinte à la liberté des jeunes filles et des femmes qui portent des jupes ou des vêtements jugés des tenues « indécentes ».

Au Maroc, à Agadir, on a arrêté deux jeunes filles pour outrage à la pudeur car elles se promenaient en robe au marché. Elles risquent deux mois de prison (article 483 du code pénal). Une véritable police des moeurs s’installe.
Peut-il y avoir égalité des sexes sans reconnaissance de la liberté des femmes ? »

Peut-il y avoir égalité sans laïcité ?

Les forces progressistes laïques peuvent construire un rapport de force pour refonder un projet de transformation sociale alternatif au patriarcat et au capitalisme en lui insufflant l’esprit révolutionnaire des féministes.

L’avenir des femmes en France, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Iran, en Arabie Saoudite, au Yemen, au Soudan comme partout dans le monde est inconcevable sans la séparation du politique et du religieux. Il ne pourra pas s’imaginer sans la laïcité et se construire dignement sans l’édification d’États laïques.

Nous refusons tout intégrisme, tout communautarisme, tout relativisme culturel qui justifie une atteinte à nos libertés.

Ne pas défendre la laïcité, c’est permettre que les femmes retournent dans les maisons, que se referment les portes des prisons patriarcales sur les femmes, les féministes, les démocrates, les progressistes de nos pays d’origine. »

Ni enclume ni marteau

Puis, les femmes de l’association Femme Migrantes Debout située à la Maison des femmes de Paris ont exprimé un cri du coeur : « NI ENCLUME NI MARTEAU ! » NON ! Nous, femmes migrantes de culture arabe, berbère et/ou musulmane, ne nous laisserons pas coincer entre l’enclume et le marteau ! L’enclume d’un certain laïcisme de droite et d’extrême droite, qui cache si mal un racisme viscéral comme son antisémitisme tout aussi viscéral. Tout autant, nous nous dressons contre le marteau de l’islam politique.

Nous menons nos luttes de femmes, féministes, et aussi nos luttes de classe, contre cet islam politique, qui représente l’un des pires ennemis des droits des femmes, aujourd’hui, en France et partout dans le monde.

Nous dénonçons avec la plus grande énergie ces divers mouvements politiques et non seulement religieux, fondamentalement anti-républicains et anti-laïques, malgré leurs discours opportunistes d’apparence républicaine. Nous, les femmes, nous ne nous y trompons pas.

Ils ont montré leur vrai visage lorsqu’au sein du Conseil Français du Culte Musulman, ils ont contesté la liberté de conscience et le droit au blasphème, qui sont des conquêtes de la république laïque.

Ils montrent leur vrai visage lorsqu’au cours du « meeting » du 6 mars 2015, ils ridiculisent et professent la négation de la théorie de l’évolution de l’espèce humaine de Darwin.

Politiquement, philosophiquement, ces frères islamistes militent pour un islam politique. En France, ils veulent enrôler sous leur noire bannière, de gré ou de force, tous les musulmans, toutes les musulmanes, en prenant comme emblème et comme objectif le voile des femmes.

Aujourd’hui, en France, dans les quartiers populaires, ils se croient tout permis à l’encontre des femmes en imposant leur interprétation d’un islam littéral, réactionnaire et dépassé y compris dans plusieurs pays musulmans.

Ils s’imposent dans les quartiers populaires, en particulier contre les femmes, par l’intimidation, les insultes, voire les agressions physiques contre les femmes à l’apparence maghrébine, fonctionnant eux aussi au faciès : maghrébines, donc obligatoirement musulmanes.

Eh bien non ! Messieurs et Mesdames les tenants de cet islam politique fascisant et violemment misogyne !

Nous vivons en France, nous sommes républicaines, féministes, et laïques !

Nos origines culturelles sont notre histoire, elles ne sont pas notre destin.

Notre destin, nous femmes migrantes féministes, nous le construisons tous les jours, en particulier contre vous, contre votre obscurantisme et votre peur des femmes, dans une France que nous avons choisie.

Oui, la France que nous avons choisie, que nous reconnaissons comme nôtre, c’est celle de l’histoire des luttes de femmes en France !

Nous luttons pour que les femmes, quelles que soient leur histoire et leur origine, prennent en main leur existence, sans aucune discrimination liée au genre, à l’origine, à l’orientation sexuelle, pour le libre choix amoureux, sans tutelle masculine, du père, du frère ou de l’époux. Pour que toutes les femmes restent libres de décider de leur corps, de leurs amoures.

Islamistes, obscurantistes de tout poil, crevez de rage !

Nous, femmes migrantes, nous vivons sans aucun voile ni sur nos têtes, ni sur nos esprits, ni sur nos coeurs ! Nous resterons libres et debout ! »

Juillet 2015

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Cette entrée a été publiée le 08/10/2015 par dans Uncategorized.

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